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L’ŒUVRE LITTERAIRE
L’idée d’un drame noué autour du personnage de Marie-Margot remonte au printemps 2006, durant lequel furent explorées plusieurs intrigues possibles. L’auteur se lança alors dans l’écriture d’un roman, mais le projet fut ajourné.
C’est en 2007 qu’il fut rafraîchi par le spectacle donné par une des troupes de l’Institut d’Etudes Politiques. Devant la vigueur des comédiens, leur polyvalence et la souplesse de la mise en scène en fonction des lieux de représentation, l’envie d’écrire du théâtre revint et l’auteur exhuma alors un projet longtemps négligé.
C’est lors d’une discussion de hasard que l’idée fut lancée d’un partenariat avec la troupe, et les contacts furent pris. La rencontre avec la metteuse en scène, Caroline Floch-Brenaud, fut très positive et entérina les liens entre l’auteur et la troupe, puisque leurs visions de l’art de la scène coïncidaient largement : dynamisme, intervention de chants, de danses, de mimes, visées sociales et humaines des personnages, etc.
D’avoir vu jouer les comédiens donnait une idée nette des personnages, et le nombre imposé ne fut pas une restriction du champ d’écriture mais bien l’opportunité de ramener à l’essentiel différentes voies de réflexion, et d’entrevoir des caractères et des attitudes bien pratiques dans le concret de l’écriture.
Sur ces bases, la rédaction ne fut pas douloureuse, quoique non exempte de sévères empoignades entre l’auteur et son texte ! Une lecture critique des théories de Brecht permit de conduire à une synthèse formelle encore jamais atteinte dans les textes écrits précédemment, tandis qu’un roman terminé deux ans auparavant nourrissait certains personnages, et infléchissait la trame générale vers un discours personnel.
La véritable genèse du texte tient tout de même de la rencontre avec une troupe, sans qui cette pièce n’aurait jamais existé sous cette forme, et peut-être même n’aurait jamais existé tout court…
Dès le prologue, l’histoire est présentée : « C’est le destin d’une espèce de reine, qui n’a eu ni chance ni psychothérapeute, mais qu’on aimait beaucoup quand même. » Marie-Margot, reine pour quelques temps, se fera manipuler et perdra le pouvoir en même temps que la vie. Chaque personnage a ici son importance et contribue de manière indispensable à la mise en place de l’intrigue.
Le personnage de Marie-Margot en premier lieu, est l’instigatrice et la meneuse de la révolution. Pure, elle veut aller jusqu’au bout de sa mission, dut-elle la conduire à la mort. Elle accomplira en toute circonstance ce qu’elle croit être le chemin juste.
Natalia est la sœur de Marie-Margot, son ombre mystique, dévouée à Dieu et à l’amour des hommes. Elle accompagne l’ascension de Marie-Margot puis participe à sa chute voyant que la révolution tourne à la tyrannie sanglante.
Tonton et Pépé sont deux personnages complémentaires, qui représentent le peuple, plus ou moins courageux, plus ou moins suivistes. Ils donnent une certaine légèreté à la pièce, dont l’atmosphère serait sans doute étouffante sans eux. Ils ont néanmoins un rôle dramatique prononcé.
Franjeu est le personnage le plus manipulateur de cette histoire, puisqu’il réussit presque toujours à garder une main sur les évènements. Personnage peut-être le plus énigmatique, il n’est percé à jour que deux fois dans la pièce, une première fois faisant ressortir sa mégalomanie, une seconde ses doutes.
Si Franjeu peut être considéré, en quelque sorte, comme le gagnant de cette affaire, Litz en est le grand perdant. Personnage infiniment humain, après avoir suivi les ordres il suit ses sentiments, ce qui le conduit à une mort assurée.
A l’intérieur même de l’œuvre littéraire, il s’agit aussi d’une œuvre musicale originale, écrite pour l’occasion par les musiciens et les comédiens eux-mêmes, aidés par Michèle Clément, avec les paroles et selon les conseils de l’auteur.
LA MISE EN SCENE
Précisons tout d’abord le sens que nous donnons à « metteur en scène ». C’est la personne qui s’occupe en premier lieu de la réalisation scénique, en collaboration étroite avec les comédiens et les intervenants. Son action consiste donc en un travail en amont puis à la confrontation de ses idées avec celles de toutes les personnes concourant au projet.
Travailler en collaboration avec un auteur présente de nombreux avantages. Il est l’émissaire de son œuvre, peut expliciter des points obscurs, éclairer certains éléments. Il apporte une vision spécifique de son travail. Au metteur en scène ensuite de reprendre l’œuvre à son compte, pour, à l’aide de ses comédiens et des intervenants, en proposer une adaptation. Il y a donc ici une part de risque importante : la mise en scène va-t-elle plaire à l’écrivain ?
La mise en scène nous semble le vecteur entre le texte littéraire et le public. La qualité littéraire de cette pièce de théâtre devra être transmise en entier au public, tout en la rendant plus facile d’abord que sa version écrite, du moins pour les personnes n’ayant pas un accès facile à la culture.
Le parti pris de la mise en scène sera une certaine sobriété.
La sobriété s’exprimera tout d’abord dans les décors, que nous voulons peu nombreux, car le plus important reste le jeu des comédiens. Par ailleurs, la présence sur scène de musiciens nous oblige de fait à réduire l’espace de jeu.
Les costumes, en cours de réalisation, seront selon notre vœu marqué par un zeste d’intemporalité, pour donner à la pièce une certaine généralité, affirmée dès le début par l’auteur. Nous travaillons avec l'association Marianne, qui crée et réalise des costumes, tout en permettant une insertion sociale à des personnes en difficulté. Ce partenariat pourra éventuellement être prolongé les années suivantes avec l'Atelier théâtre.
Le maquillage est très important pour nous, et participera de l'aspect du personnage, comme le costume. L'enjeu est aussi de vieillir quelques comédiens. Photos du premier stage maquillage.
L’inscription de l’œuvre musicale dans l’œuvre théâtrale sera, nous l’espérons, harmonieuse et adéquate, c’est-à-dire correspondant aux mêmes exigences. Le travail sur le corps sera également un point très important de la mise en scène, et passera notamment par la danse, pour quelques comédiens. Le rythme de la pièce, entre chansons et danses, ne se relâchera pas, pour mieux capter l’attention du public tout en lui démontrant que ce qu’il voit sur scène n’est pas la réalité.
Il nous semble également très important cette année de mettre l’accent sur la création lumières, en fonction des possibilités que nous offriront les salles de spectacle. Cet aspect, qui avait déjà été travaillé l’année dernière, pourrait donner lieu à une autre facette de la création scénique. C’est pourquoi il nous semblerait important de pouvoir travailler avec un ingénieur lumières sur quelques représentations au moins.
LE TRAVAIL DE LA VOIX
Michèle Clément a décidé de partir de son travail de chanteuse, en adaptant la technique vocale pour la transmettre aux jeunes comédiens. Au centre de son apprentissage sont placés la respiration, notamment en prenant conscience du rôle du dos et des côtes flottantes, et l’importance du soutien dans la pose de la voix. Elle insiste particulièrement sur la respiration abdominale, la visualisation de son déroulement afin d’arriver à la souplesse et de prendre conscience des appuis sur le diaphragme. Son objectif est d’envisager le confort vocal ainsi que l’endurance respiratoire, pour prendre conscience de la voix timbrée. Tout serrage dans la gorge ou par rapport à une respiration haute sera à éviter. Ce travail sera effectif à condition de libérer les épaules, le cou, la nuque et les résonateurs que sont la poitrine et le masque.
Une fois cette première phase acquise, le repérage des différents registres commencera, à savoir la voix de poitrine et la voix de tête afin de connaître ses passages et de mixer sa voix. Il s’agira par la suite d’amener le comédien à relâcher les zones corporelles bloquées pour arriver à la vibration du son.
Ce travail ne sert pas aux comédiens uniquement pour le chant, mais solidifie leur voix tout au long de la pièce de théâtre. Ils apprennent peu à peu à transiter l’articulation d’un texte par le travail du diaphragme, en ajustant les consonnes sur ce muscle au lieu de surajouter dans la diction et le travail des lèvres sur une mâchoire crispée. Peu à peu ils seront amenés à repérer les voix, la voix forcée, souvent dans la gorge ou en arrière et la voix soufflée, avec les cordes vocales qui laissent passer l’air. Le contrôle de la bonne « teneur » en timbre et des coups de glotte devient plus précis au fur et à mesure des séances.
Toutes ces techniques à acquérir permettront aux comédiens d’utiliser toutes les facettes de son instrument vocal pour pouvoir en jouer, l’adapter à chaque réplique, à son personnage. Ainsi, ils ne seront pas tributaires de serrages ou de méconnaissances fonctionnelles.
En ce qui concerne les chansons, Michèle Clément a décidé de partir de la musicalité de chacun pour créer des chansons que chacun puisse facilement s'approprier. Sous la forme d’un travail de recherche collective, en partant du texte (parfois modifié pour un meilleur rythme, avec l’accord de l’écrivain), il s’agit de laisser parler les mélodies et les rythmes. Le centre du travail sera les phrases musicales courtes, les « premiers jets ».
Michèle Clément s’est donnée pour objectif de reconnaître à travers les différentes propositions ce qui sera gardé. D’une part, elle ajuste les mélodies en repérant la bonne tonalité. Son accompagnement musical se poursuit par la création de « ponts » musicaux pour compléter les chansons. D’autre part, elle met en évidence des ostinatos, des leitmotiv et met en place de cellules rythmiques fortes, symboliquement porteuses. Ainsi, les comédiens disposeront d’un matériel sonore mélodique ou rythmique qui pourra devenir référent et se répéter tout au long de la pièce, et les spectateurs auront des repérages et des liens acoustiques. Enfin, elle a créé la chanson finale, un tango, et prépare l’intervention d’instrumentistes dans la pièce.
Quelques photos des stages de chant
Atelier théâtre de l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble - troupe Histoire de Voir
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